Carnet de route

à la Une

Lettre au Pape François au sujet de la messe

Préambule
Cette lettre au Pape François a été écrite, dans une version moins développée, pour La Voie Romaine, organisation au cours de laquelle des mères de prêtres parcoururent en 2022, mille trois cent kilomètres à pied pour remettre plus de deux mille lettres de fidèles attachés à la forme extraordinaire de la divine messe interloqués par le motu proprio du Pape François, Traditionis custodes, publié le 16 juillet 2021, rendant caduc le motu proprio du défunt Pape Benoit XVI datant de 2007, Summorum Pontificum, qui redonnait ses lettres de noblesse à la messe de saint Pie V.

 

Saint Père,
Je m’extirpais d’un terrible cauchemar : j’ai rêvé que vous limitiez l’accès à la liturgie traditionnelle, j’ai dès lors pensé qu’il était important de vous révéler combien la messe de saint Pie V a marqué mon existence sans que j’y sois préparé le moins du monde. Savez-vous qu’il m’est difficile d’écrire Saint-Père, car je n’ai pas eu de père. J’en ai un, comme tout un chacun, mais, je ne l’ai pas eu quand j’aurais dû l’avoir. Ainsi, il m’a abandonné avant que je naisse. Je l’ai retrouvé, plus tard, mais vous comprenez que je ne l’ai pas eu au bon moment. Je n’ai pas eu les bons moments qu’un enfant connaît avec son père. Je ne l’ai pas connu lorsque le besoin s’en faisait sentir, et le besoin s’en faisait sentir à tout moment puisque l’absence le créait. Je n’ai pas eu de père pour me guider comme un tuteur, pour partager mes goûts et mes dégoûts, pour épouser mes vues ou les infléchir.

Lire la suite de « Lettre au Pape François au sujet de la messe »

à la Une

La pompe par Clive Staples Lewis

En premier lieu, il vous faut vous débarrasser de cette nauséabonde idée, fruit d’un manifeste complexe d’infériorité, que la pompe, dans les circonstances appropriées, a quelques connexions avec la vanité ou la suffisance. Un célébrant qui approche de l’autel pour y monter, une princesse conduite par son roi dans un noble menuet, un officier supérieur passant en revue les troupes lors d’une prise d’arme, un majordome apportant un met fastueux à une célébration de Noël — tous portent des habits non usuels et se déplacent avec une dignité calculée et impeccable. Cela ne signifie en rien que leurs gestes sont vains, bien plutôt dociles ; leurs gestes obéissent à un impératif qui préside chaque solennité. L’habitude moderne de pratiquer des cérémonies sans aucune étiquette n’est pas une preuve d’humilité ; elle prouve plutôt l’inaptitude du célébrant impuissant à s’oublier dans le service, et sa promptitude à gâcher le plaisir propre du rituel répandu pour le monde.

Traduction de l’auteur du blogue.

à la Une

Spectacle “Mais toujours reviennent des temps…” – 2ème Régiment Etranger d’Infanterie (1991)

Spectacle « Mais toujours reviennent des temps… » — 2ème Régiment étranger d’infanterie (1991) de Emmanuel Di Rossetti sur Vimeo.

Le 31 août 1991, le 2ème Régiment étranger d’Infanterie fêtait au cours d’une cinéscénie exceptionnelle son 150ème anniversaire, la bataille d’El Moungar et son retour de l’opération Daguet, la première Guerre du Golfe. 30 000 spectateurs nîmois assisteront à cet événement qui commença dans la journée avec les légionnaires habillés en costumes authentiques placés dans les conditions et les décors de différentes époques, et qui se poursuivra tard dans la nuit avec le spectacle proprement dit joué par François Gamard, Jérôme le Paulmier et Richard Bohringer1 en façade du stade des Costières (180 mètres de scène !).

Lire la suite de « Spectacle “Mais toujours reviennent des temps…” – 2ème Régiment Etranger d’Infanterie (1991) »

Le Paradis perdu de Sébastien de Courtois


Il existe une nostalgie d’un paradis perdu. Nous la ressentons tous, plus ou moins ; elle nous rattache au Péché originel et à la chute. Cette maladie tourmente les âmes pures. Elle gite et agite. Maladie de la jeunesse s’il en est, folie romantique, cette nostalgie est au cœur du roman de Sébastien de Courtois, L’ami des beaux jours.

Frédéric et Sébastien, les deux protagonistes du beau roman de Sébastien de Courtois sont habités de cette nostalgie. Il est difficile de dire s’ils se la sont causée. Ils se sont trouvés sans se chercher. Les affinités électives participent de la même hallucination qui anime la jeunesse altière lui donnant ce supplément de vernis aristocratique et son caractère conquérant. Rien ne lui semble impossible. Les deux amis devinent réciproquement leur attirance pour cette nostalgie, sorte de vertige exubérant et sensationnel. Ainsi, les deux amis dévastent tout dans la ville rose, et la terre cathare le leur rend bien, leur insufflant en retour l’esprit de révolte de ceux qui se croient opprimés, de ceux qui se décident opprimés pour mieux révéler leur nature vivifiante. Comme toute amitié où chaque seconde est partagée, ils liront les mêmes livres, évoqueront les mêmes combats, s’embraseront pour les mêmes causes, toutes plus orthodoxes et primordiales que la précédente… Frédéric et Sébastien deviennent inséparables. Les belles âmes s’accordent dans l’amitié comme un piano de maître. La quête d’absolu des deux amis ne cesse de gonfler, mais ils ne voient que son rayonnement. On ne peut vraiment s’ énamourer que de son image. Il s’accordent donc les mots s’avèrent inutiles. L’action devient le seul exutoire. Parce qu’aux mots, aux joutes, oratoires ou physiques, il manque toujours quelque chose. Puisqu’il n’y a rien de vrai en dehors de la passion conduite à son extrême. Puisque le chemin ne suffit en rien, que seule l’apothéose peut transcender ce moment si rare, qui se fane déjà, qui disparaît comme on en parle : la jeunesse, et l’esprit qui l’habite. Un temps d’incandescence, un moment où l’intensité dépasse l’entendement, où la vie découvre ses entrailles et incite à en faire de même pour lui rendre le seul hommage qui lui sied. Platon prophétisait ce monde, notre monde, un monde de copies, suffocant, incapable de ne plus reconnaitre un original. Frédéric et Sébastien se reconnurent en un instant et se lièrent avec la même hargne, mais régner sur les cafés, régner sur les alcools, régner même sur la belle Sophie aguerrie et talentueuse, ne pouvaient pas suffire. Jules et Jim sentait les remugles. Les années 60 manquaient tellement de tragique. Batifoler pour batifoler, rire pour rire, baguenauder pour baguenauder, un monde faux annonçant la boboitude, honni par les deux amis. Ne nous y trompons pas, L’ami des beaux jours est une tragédie moderne, un drame donc, car Sophocle a rangé ses outils dont plus personne ne peut s’emparer sans s’interroger sur leur utilité. Les années 90 où prend place le roman de Sébastien de Courtois, indiquent notre monde actuel, où tout sentiment tragique a été éradiqué. Une coquille vide. Les deux amis doivent en convenir. Ni la littérature, ni l’amour, ni l’amitié, ni l’alcool, ne leur suffisent plus. D’ailleurs, plus rien ne suffit. Sébastien, bourgeois égaré dans cette vie en fusion, y ayant trouvé le rôle de sa vie, finit de ranger ses affaires pour reprendre une vie plus paisible, ayant compris depuis longtemps la distance qu’il devrait prendre avec la passion et ses ornements. Frédéric, lui, ne peut s’y résoudre, car il a créé son monde, il l’a fabriqué, si son château de sable fond comme neige au soleil devant les vagues, il doit ne faire qu’un avec son vainqueur et s’engouffrer dans la mer. Frédéric ne peut jamais reculer. Non pas par orgueil, juste parce qu’il ne sait pas faire cela. Il ne sait qu’avancer. S’il s’arrête, il tombe. Une retraite serait la mort assurée… Une cause se présente à lui comme par enchantement : la guerre de Yougoslavie. Frédéric l’épouse. Il dit à Sébastien : « Ne me cherche pas ! » Mais, il n’y a plus rien à chercher. Si, une dernière chose, pour accomplir la révolution, chercher une trace parmi les étoiles…

Quelques décennies plus tard, Sébastien part enquêter et découvrir la vérité de Frédéric et de son destin guerrier et poétique. Il trouvera la trace de son ami endormi pour toujours dans un val près de Osijek en Croatie. L’un des nombreux soldats inconnus des guerres modernes. Sébastien, avec nostalgie et pudeur, se souvient l’avoir bien connu, au paradis perdu de sa jeunesse.

L’ami des beaux jours, de Sébastien de Courtois. Éditions Stock. 20 €

De l’autorité

Dans la Grèce antique, les hommes se connaissent et se reconnaissent dans le regard de leur famille, de leurs proches, de leur communauté. Les femmes se réservent le miroir qui relève de la beauté, de la féminité, de la séduction. Le reflet est partout. « Là n’est pas de lieu qui ne te voit » résume Rilke. Peut-on exister sans se soucier de son reflet ? Peut-on avoir conscience de soi sans se connaître ? Peut-on avoir conscience de soi sans être reconnu ? On peut avoir une image de soi, mais elle peut être très éloignée de soi. Ainsi l’homme ne doit pas se voir dans le miroir de peur d’être absorbé par son image. Cette image qui réussit à nous faire oublier que nous sommes là. Si l’on pense ce que l’on voit, si cela résonne en nous, on le rêve aussi. Notre image nous échappe dès que nous la voyons. Ainsi la femme s’ajuste dans le miroir quand l’homme pourrait s’y perdre, s’y noyer. Le rêve, binôme de la mémoire, dissimule le temps et l’engourdit. Qu’a-t-on vu et quand ? Le regard et l’imaginaire s’interpénètrent et ne peuvent être dissociés. Voir et se connaître se confond chez les Grecs. Voir, se connaître… mais pas trop, car si l’homme est une merveille, dans le sens d’un incident, d’une fracture fascinante à l’intérieur du vivant comme le dit le chœur d’Antigone, il recèle aussi sa propre terreur, il s’extermine et se torture, et il est bien le seul « animal » dans ce cas.

L’autorité représente cette limite, cette frontière invisible, cette force pacifique qui retient l’homme de cesser d’être un homme, car il n’y a pas de plus grand péché pour le Grec de l’antiquité que de succomber à la sauvagerie, de l’appeler de ses vœux, de s’y laisser guider et mener, d’y prendre goût. L’amartia grec deviendra bientôt le péché, en continuant d’être la faute, l’erreur, le manquement. Se connaître, mais pas trop, constitue le masque de l’identité à l’époque de la Grèce antique. Il faut se connaître, s’aborder, se définir et s’« individuer » pour être ; mais que signifie être ? sinon discerner, ajuster et conjuguer sa nature à son éducation. À notre époque qui juge le passé avec les yeux du présent, il devient presque interdit de dire le lien qui nous rattache à l’homme ancien, de se dire héritier. Ajuster nature et culture, équilibrer la balance entre ce que nous sommes, ce que nous devenons et ce que nous étions. Pourquoi le passé ? Parce que nous sommes un concentré, et nous sommes moins que les éléments qui nous constituent puisque nous sommes et serons toujours débiteur de l’histoire qui nous précède. Cette équation est omise de nos jours, ou minimisée, ce qui revient au même. Les mécanismes propres à notre époque exonèrent l’homme de sa mémoire, après tout, ne dispose-t-il pas de la technique, mémoire incommensurable et jamais atteinte jusqu’à présent ? Qu’a-t-il besoin d’une mémoire à soi ? Si le besoin nous prend de vouloir nous souvenir, il n’est besoin que de taper dans un moteur de recherche. Pratique, facile, simple, rapide ; la mémoire et ses multiples ramifications ne peut rivaliser une seule seconde, sans compter que notre mémoire n’est jamais sûre de se rappeler ni de ce dont elle se souvient ! Je parle ici de la mémoire que nous nous constituons, celle qui est donnée et passée au tamis de notre nature et qui se sédimente au fil de notre vie. Si je ne suis pas armé de cette mémoire propre, seulement muni de la mémoire des autres, généreusement ou intéressement offerte sur Internet, quel sens peut avoir ma vie ? Un sens emprunté dans tous les sens du terme. Le sens nait de l’interpénétration de la nature et de la culture et de l’action à laquelle on la conditionne. Les deux ne cessent de se toiser et de s’amadouer, de se donner l’un à l’autre pour mieux se reprocher leur existence respective. La négation de la nature par la technique donne aux projets modernes, et cela pour la première fois dans l’histoire de l’homme, le pouvoir et l’autorité. Ce que tous les régimes totalitaires n’ont eu de cesse de rechercher.

Apprendre le chant grégorien

C’était en juin 1985, à Pont-à-Mousson, à la fin du colloque « Musiques dans l’Eglise d’aujourd’hui ». Maurice Fleuret — en paix soit son âme —, le magnifique directeur de la musique et de la danse du ministre Jack Lang, prit la parole. Parole de feu. De supplication ; on peut le dire, puisque lui-même supplia. Je le citerai ad sensum, mais ce mot je ne l’ai jamais oublié : il est de lui. Evoquant ce que la musique occidentale, depuis les origines jusqu’à nos jours, devait à l’Eglise, à la liturgie de l’Eglise, ce que devait à la musique de l’Eglise la musique de Monteverdi, de Bach, de Mozart, de Beethoven, de Stravinski, de Messiaen : tout. A la musique liturgique de l’Eglise, la musique occidentale devait tout, dit-il. Et lui-même, Maurice Fleuret, dans sa propre vie de musicien, à la musique de l’Eglise, que devait-il ? Tout. Il lui devait tout, dit-il. Et cette musique occidentale qui devait tout à l’Eglise, à la liturgie de l’Eglise, que devait-elle au chant grégorien ? Tout, dit-il. Au chant grégorien, toute la musique occidentale, dit-il, devait tout. Mais l’Esprit du chant grégorien, dit-il, cet esprit dont il ne pouvait imaginer qu’il cessât de souffler, où se respirait-il ? Dans la liturgie, dit-il. Et c’est à ce moment qu’il supplia l’Eglise… : Je vous en supplie, s’exclama-t-il, à l’intention des ecclésiastiques présents, ne laissez pas à l’Etat le monopole du chant grégorien. Il est fait pour la liturgie. Et c’est dans la liturgie qu’il faut le pratiquer. »

Même si le grégorien est moins chanté (quand Vatican II le recommandait comme chant majeur de la liturgie, allez comprendre), il reste le trésor de l’Europe. Maurice Fleuret, élève d’Olivier Messiaen et ministre de Jack Lang, le rappelait justement ci-dessus. Le grégorien a été omis par ceux qui le promulguaient, il est donc difficile d’y voir clair. Ceux qui se donnent du temps pour aller en retraite dans les monastères ou qui, par goût, écoutent du chant grégorien savent qu’il emporte l’adhésion des croyants et des non croyants. Le grégorien s’avère inclassable. Enraciné et lointain, puissant et délicat, humble et solennel, fragile et vigoureux. Le frère Toussaint, ancien moine de l’abbaye sainte Madeleine du Barroux, maintenant ermite, vous propose des cours de grégorien à la carte et quelque soit votre niveau. C’est un excellent professeur, et je peux en attester !

Le frère Toussaint vous propose des formules très souples. Vous pouvez suivre les cours à distance ou venir sur place (l’ermitage saint-Bède est situé entre Lyon et Grenoble). Pour l’instant, il ne peut encore héberger personne même si à terme il souhaiterait bâtir une petite hôtellerie pour recevoir des hôtes… Il existe des logements guère éloignés de l’ermitage. Qui a connu le Barroux à ses débuts connaît le désir secret mais avoué du frère Toussaint de recréer cet ambiance unique et de recevoir quelques hôtes pour les immerger dans la prière quasi-perpétuelle. Dans l’immédiat, il est de bon aloi de commencer par apprendre à chanter, ce qui laisse le temps au frère Toussaint de trouver les fonds pour augmenter sa structure (les mécènes sont ici bienvenus !). Les tarifs sont dégressifs si vous venez à plusieurs. Une heure, trois jours, toutes les formules sont possibles. Le frère Toussaint sortira avec plaisir de son érémitisme pour vous enseigner l’art du chant grégorien.

Renseignements : Apprendre le chant grégorien avec un moine bénédictin

Réservations : https://frere-toussaint.reservio.com/

Et le site complet où vous pouvez découvrir les articles du frère Toussaint sur l’érémitisme : https://www.ermites-saint-benoit.com/

Le sacrifice du chef

Un livre du général de Corps d’armée, Pierre Gillet édité aux éditions Sainte-Madeleine

« Qui est comme Dieu ? »(1), le livre du général de corps d’armée Pierre Gillet, inventorie de manière exhaustive les qualités d’un chef et dresse les vertus chrétiennes nécessaire au commandement. Ce qui pourrait passer pour un livre d’initié, un nouveau T.T.A(1), devient sous la plume délicate et virile de Pierre Gillet, ancien chef de corps du 2ème Régiment étranger d’infanterie, général commandant le corps de réaction rapide – France, une poésie de l’être, imprégnée de spiritualité, de passion, de persévérance et de dignité.

Lire la suite de « Le sacrifice du chef »

Je t’ai choisi pour te voir combattre sous le drapeau du Christ !

Le Bienheureux Alain de la Roche (1) déplorait la tiédeur avec laquelle il récitait son chapelet, dans une église dominicaine à Paris, pendant l’octave de la Toussaint 1465. Tout à coup, Notre Dame lui apparut, accompagnée de plusieurs vierges :

« Ne fuis pas, mon fils ! lui dit-elle. Si tu as quelque doute, soit par rapport à moi, soit par rapport à mes compagnes, fais sur nous le signe de la croix.

Si nous sommes des visions d’enfer, nous disparaîtrons soudain ; si, au contraire, nous sommes des visions du Ciel, nous demeurerons, et plus vif sera encore l’éclat qui jaillit de chacune de nous. »

Alain fait son signe de croix. La lumière de l’apparition devient plus intense.

« Ô mon fils, n’aies plus de doute ! Je suis ta virginale fiancée, lui dit l’apparition ; je t’aime toujours, et toujours je m’intéresse à toi.

Mais sache que personne n’est sans peines en ce monde ; ni moi, ni mon Fils, ni aucun des saints d’ici-bas n’avons été sans souffrances. Il y a plus : couvert des armes de la foi et de la patience, prépare-toi à des épreuves plus difficiles encore que celles que tu as eu à traverser jusqu’ici.

Car je ne t’ai pas choisi pour faire de toi un soldat de parade, mais pour te voir combattre en brave et en héros sous le drapeau de Jésus-Christ et sous ma bannière à moi.

Quant à la sécheresse et à l’aridité que tu as éprouvées durant l’espace de quelques jours, ne t’en tourmente pas ; c’est moi qui ai voulu te faire passer par cette épreuve ; supporte-la comme une peine et comme un châtiment de tes anciennes fautes ; et aussi, reçois-la comme un moyen de faire des progrès dans la patience et en vue du Salut des vivants et des morts. »

(1) Alain de la Roche, né vers 1428 près de Plouër-sur-Rance en Bretagne (France) et mort en 1475 à Zwolle aux Pays-Bas, est un religieux dominicain breton du XVᵉ siècle. Il est fêté le 9 septembre.

 

Du Père René Laurentin

Lauda Sion

Magnifique séquence dans la messe de la Fête-Dieu, écrite par Saint Thomas d’Aquin, cette poésie dogmatique loue la nouvelle et véritable Sion, l’Eglise. Benoit XVI disait de cette messe : « Ce sont des textes qui font vibrer les ondes du coeur, alors que l’intelligence, pénétrant avec émerveillement dans le mystère, reconnaît dans l’Eucharistie la présence vivante et véritable de Jésus, de son Sacrifice d’amour qui nous réconcilie avec le Père et nous donne le salut. »

Loue, Sion, ton sauveur, loue ton chef et ton pasteur, par des hymnes et des cantiques.
Autant que tu le peux, ose le chanter, car il dépasse toute louange, et tu ne suffis pas à le louer.
Un sujet spécial de louange nous est proposé aujourd’hui : c’est le pain vivant et vivifiant.
Le pain qu’au repas de la Sainte Cène, Jésus donna réellement à la troupe des douze frères.
Que la louange soit pleine et sonore ; qu’elle soit joyeuse et belle, la jubilation de l’âme.
Car c’est aujourd’hui la solennité qui rappelle la première institution de cette Cène.
À cette table du nouveau Roi, la nouvelle Pâque de la nouvelle loi met fin à la Pâque antique.
Le rite ancien est chassé par le nouveau, l’ombre par la vérité ; la lumière dissipe la nuit.
Ce que fit le Christ à la Cène, il a ordonné de le faire en mémoire de lui.
Instruits par ses ordres saints, nous consacrons le pain et le vin en l’hostie du salut.
C’est un dogme donné aux chrétiens que le pain devient chair et le vin devient sens.
Ce que vous ne comprenez ni ne voyez, la foi vive l’atteste contre le cours des choses.
Sous des apparences diverses, simples signes et non réalités, se cachent des réalités sublimes.
La chair est nourriture, le sang boisson ; cependant le Christ demeure entier sur l’une et l’autre espèce.
Par qui le reçoit, il n’est pas rompu ni brisé ni divisé, mais reçu tout entier.
Un seul le reçoit, mille le reçoivent : chacun autant que les autres ; pris en nourriture, il n’est pas détruit.
Les bons le prennent, les méchants le prennent, mais pour un sort différent : La vie ou la mort !
Mort pour les méchants, vie pour les bons : voyez combien d’une même prise l’issue est différente.
Si enfin le sacrement est rompu, ne vous troublez pas, mais souvenez-vous qu’il y a sous chaque parcelle autant qu’en recouvre le tout.
Aucune scission de la réalité ne se produit : du signe seul il y a rupture, et elle ne diminue ni l’état ni la grandeur de la réalité signifiée.
Voici le pain des anges devenu l’aliment des voyageurs : c’est vraiment le pain des enfants, qui ne doit pas être jeté au chien.
D’avance il est signifié par des figures : l’immolation d’Isaac, l’agneau mise à part pour la pâque, la manne donnée à nos pères.
Bon Pasteur, pain véritable, Jesus, ayez pitié de nous : nourrissez-nous, gardez-nous, faites-nous voir les vrais bien dans la terre des vivants.
Vous qui savez et pouvez tout, qui nourrissez ici-bas les mortels que nous sommes : faites là-haut de nous vos commensaux, les cohéritiers et les compagnons des saints citoyens du ciel.

Bonheur de Pentecôte

L’un des bonheurs de l’octave de Pentecôte tient en la récitation du Veni, Sancte Spiritus, après la récitation du Victimae Paschali la semaine de Pâques, la liturgie ne cesse de nous émerveiller.

Venez, Esprit Saint,

Et envoyez du haut du ciel

Un rayon de votre lumière.

Venez, père des pauvres,

Venez, dispensateur des dons,

Venez, lumière des coeurs.

Consolateur très bon,

Doux hôte de l’âme,

Doux rafraîchissement.

Repos dans le travail,

Soulagement dans les chaleurs,

Consolation dans les larmes.

Ô bienheureuse lumière,

Remplissez jusqu’au plus intime

Les coeurs de vos fidèles.

Sans votre divin secours,

Il n’est rien en l’homme,

Il n’est rien d’innocent.

Lavez ce qui est souillé,


Arrosez ce qui est aride,

Guérissez ce qui est blessé.

Assouplissez ce qui est raide,

Réchauffez ce qui est froid,

Redressez ce qui est faussé.

Donnez à vos fidèles

Qui se confient en vous,

Les sept dons sacrés.

Donnez le mérite de la vertu,

Donnez le salut final,

Donnez la joie éternelle.

Ainsi soit-il. Alléluia.

Prière aux aux âmes du Purgatoire du Père André Haussaire

Ô Jésus, à Votre Cœur je confie (qui je désire : par exemple « les victimes du virus »)

Regardez (la/le ou les) puis faites ce que Votre Cœur Vous dira.

Laissez agir Votre Cœur !

Je compte sur Lui.

Je me fie à Lui.

Je m’abandonne à Lui !

Ô Jésus, par Votre Cœur très aimant, je Vous supplie d’enflammer du zèle de Votre Amour et de Votre Gloire tous les prêtres du monde, tous les missionnaires, tous ceux qui sont chargés d’annoncer Votre divine Parole, afin qu’incendiés d’un saint zèle, ils arrachent les âmes à Satan et les conduisent dans l’asile de Votre Cœur où elles puissent Vous glorifier sans cesse !

Père Éternel, qui, par amour pour les âmes, avez livré à la mort Votre Fils unique, – par Son Sang, par Ses mérites et par Son Cœur, ayez pitié du monde entier et pardonnez tous les péchés qui se commettent.

Recevez l’humble réparation que Vous offrent Vos âmes choisies.

Unissez-les aux mérites de Votre divin Fils, afin que tous leurs actes soient d’une grande efficacité.

Ô, Père Éternel, ayez pitié des âmes et n’oubliez pas que le temps de la Justice n’est pas encore arrivé, mais celui de la Miséricorde !

Recevez, Ô Père Très Saint, les souffrances et les mérites de toutes les âmes qui, unies aux mérites et aux souffrances de Jésus Christ s’offrent à Vous, avec Lui et par Lui, afin que Vous pardonniez au monde.

Ô Dieu de miséricorde et d’amour, soyez la force des faibles, la lumière des aveugles et l’objet de l’amour des âmes !

Ô mon Sauveur qui êtes aussi mon Dieu, faites que mon cœur soit une flamme de pur amour pour Vous !

(1952)